Franco, Ottawa ...à suivre

Andrew infecté à l'âge de 18 ans, Ottawa

Leahann, Vancouver

Chantal, infectée à l'âge de 19 ans, Montréal

Tabby, 27 ans, infecté à l’âge de 20 ans, de Toronto
Anonyme, infecté à l’âge 18 ans, de Montréal
Hilary, infectée à l’âge de 17 ans, de Toronto

Andrew infecté à l'âge de 18 ans, Ottawa. ...à suivre

J'ai été infecté par mon chum, du moins je le crois. J'avais toujours pratiqué le sécurisexe, sauf avec lui. J'ai présumé qu'il avait été testé parce qu'il travaillait pour un service de soins à domicile. J'avais déjà passé le test à quelques reprises auparavant. Une fois, nous avons eu une conversation où il parlait comme s'il venait d'être testé. Je suis donc allé passer le test, mais à ma surprise, j'ai appris qu'il n'avait pas été testé et que moi, j'étais séropositif. Plus tard, quand on n'était plus ensemble, j'ai découvert qu'il avait eu des amants qui sort morts du sida.

Pendant les quelques années suivantes, j'ai vécu comme si chaque jour était mon dernier. J'avais un très mauvais médecin et j'étais convaincu qu'il me restait seulement trois ans à vivre. Alors j'ai vécu comme un fou. J'ai tellement fait le party que j'aurais dû faire une vingtaine d'overdoses. Je suis parti de chez nous pour aller à l'université parce que c'était la seule façon dont je pouvais sortir de là. Mais je n'ai jamais assisté à mes cours. Il a fallu que j'obtienne des lettres de mon médecin pour que mes notes de la première année et demie ne soient pas inclus dans mon dossier. À quoi ça sert d'aller aux cours si je ne vais jamais graduer ? Pour moi, ça ne valait pas la peine de consacrer huit ans de ma vie pour obtenir trois diplômes en droit et un baccalauréat parce que je n'atteindrais jamais la fin.

Mon anniversaire et la veille du Nouvel an étaient toujours très difficiles pour moi parce que j'étais convaincu que je mourrais à l'âge de 21 ans. Une fois, quand j'avais 21 ans, j'ai réalisé que quelque chose avait changé parce que je n'étais pas déprimé à la veille du Nouvel an. J'écoutais une émission de Mary Tyler Moore et quand j'ai entendu le thème " You're Going to Make it After All ", j'ai crié : " Mon Dieu, je vais vivre! ".

Mes amis sont mon réseau. Je me confie moins à ma famille qu'à mes amis. Le VIH n'est pas le seul problème : ma mère ne dit à personne que je suis gai, et personne ne sait que je suis séropositif. Au début, elle rangeait toujours ma vaisselle à part. Elle ne me l'a jamais dit, mais je voyais que mes affaires étaient rangées séparément dans les placards. Maintenant ma mère porte le ruban rouge et amasse des fonds pour des organismes de bienfaisance. Elle a changé jusqu'à un certain point, mais elle ne peut toujours pas prononcer le mot VIH.

Au début, attendre les résultats de mes analyses de sang était terrifiant. C'était comme si j'attendais de savoir combien de temps il me restait à vivre. Maintenant, quand on prend mon sang, j'attends, c'est tout. Je m'y suis habitué. J'ai également décidé de ne pas prendre de médicaments. Mes comptes sont encore bons, et il se peut que je change d'idée plus tard. Mais à l'heure actuelle, je pense que je ne vais jamais prendre de pilules. Je sais que les effets secondaires n'arrivent pas à tout le monde, mais je sais aussi qu'ils peuvent être très graves et je ne suis pas prêt à renoncer à ma qualité de vie en faveur d'une plus grande quantité. Si vous me disiez que je pourrais vivre jusqu'à 80 ans avec les médicaments ou à 40 ans sans les médicaments, je choisirais 40 si 80 voulait dire endurer des effets secondaires.

Le VIH m'a appris beaucoup sur moi-même et ce que je suis capable de faire. Au début, je voyais ça comme une sentence de mort. Maintenant, je peux voir qu'il y a une raison pour tout cela. Je me rends compte que je n'aurais jamais fait les mêmes choses ou rencontré les mêmes personnes et ne serais jamais allé aux mêmes endroits. Ce n'est pas une recommandation, mais j'ai réussi à faire face au VIH et à canaliser mes énergies pour faire quelque chose de productif. J'ai eu beaucoup de chance. J'ai été le directeur général le plus jeune d'un organisme sida en Ontario; j'ai prononcé un discours lors de la cérémonie d'ouverture de la Conférence mondiale sur le sida à Genève; j'ai rédigé et présenté des mémoires; j'ai été choisi par le ministre Allan Rock pour siéger au Conseil ministériel sur le VIH/sida; j'ai rencontré les médecins qui ont découvert le VIH, des membres de la famille royale et des dignitaires étrangers. Si j'étais resté dans une salle de classe pour étudier le droit, je ne crois pas que je me serais épanoui autant que je l'ai fait en vivant avec cette maladie et en faisant du bénévolat.

Il se pourrait que je recommence à étudier le droit un jour, mais je vais probablement faire de la politique. Mes amis me taquinent en disant que mon nom apparaîtra sur un bulletin de vote avant que j'aie 30 ans. Ils disent même que je parle comme un politicien. Je leur dis constamment que je serai le premier Gouverneur général du Canada à s'asseoir sur le Trône à côté d'un autre gars.

Il est possible de vivre avec le VIH, mais il n'y a pas de garantie. Même si j'ai une attitude positive, je sais que je pourrais mourir. Ma cote de crédit est nulle, j'ai tout dépensé et j'ai perdu plein d'occasions. Mais je suis parvenu à remonter la côte. Je n'ai aucun regret parce que tout ce que j'ai fait a contribué à créer la personne que je suis. Mais il faut dire que le chemin a été long pour en arriver là.


Hospital for Sick Children University of Toronto Positive Youth Outreach CATIE