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Andrew infecté
à l'âge de 18 ans, Ottawa.
...à suivre
J'ai été infecté par
mon chum, du moins je le crois. J'avais
toujours pratiqué le sécurisexe,
sauf avec lui. J'ai présumé
qu'il avait été testé
parce qu'il travaillait pour un service
de soins à domicile. J'avais déjà
passé le test à quelques reprises
auparavant. Une fois, nous avons eu une
conversation où il parlait comme
s'il venait d'être testé. Je
suis donc allé passer le test, mais
à ma surprise, j'ai appris qu'il
n'avait pas été testé
et que moi, j'étais séropositif.
Plus tard, quand on n'était plus
ensemble, j'ai découvert qu'il avait
eu des amants qui sort morts du sida.
Pendant les quelques années suivantes,
j'ai vécu comme si chaque jour était
mon dernier. J'avais un très mauvais
médecin et j'étais convaincu
qu'il me restait seulement trois ans à
vivre. Alors j'ai vécu comme un fou.
J'ai tellement fait le party que j'aurais
dû faire une vingtaine d'overdoses.
Je suis parti de chez nous pour aller à
l'université parce que c'était
la seule façon dont je pouvais sortir
de là. Mais je n'ai jamais assisté
à mes cours. Il a fallu que j'obtienne
des lettres de mon médecin pour que
mes notes de la première année
et demie ne soient pas inclus dans mon dossier.
À quoi ça sert d'aller aux
cours si je ne vais jamais graduer ? Pour
moi, ça ne valait pas la peine de
consacrer huit ans de ma vie pour obtenir
trois diplômes en droit et un baccalauréat
parce que je n'atteindrais jamais la fin.
Mon anniversaire et la veille du Nouvel
an étaient toujours très difficiles
pour moi parce que j'étais convaincu
que je mourrais à l'âge de
21 ans. Une fois, quand j'avais 21 ans,
j'ai réalisé que quelque chose
avait changé parce que je n'étais
pas déprimé à la veille
du Nouvel an. J'écoutais une émission
de Mary Tyler Moore et quand j'ai entendu
le thème " You're Going to Make
it After All ", j'ai crié :
" Mon Dieu, je vais vivre! ".
Mes amis sont mon réseau. Je me confie
moins à ma famille qu'à mes
amis. Le VIH n'est pas le seul problème
: ma mère ne dit à personne
que je suis gai, et personne ne sait que
je suis séropositif. Au début,
elle rangeait toujours ma vaisselle à
part. Elle ne me l'a jamais dit, mais je
voyais que mes affaires étaient rangées
séparément dans les placards.
Maintenant ma mère porte le ruban
rouge et amasse des fonds pour des organismes
de bienfaisance. Elle a changé jusqu'à
un certain point, mais elle ne peut toujours
pas prononcer le mot VIH.
Au début, attendre les résultats
de mes analyses de sang était terrifiant.
C'était comme si j'attendais de savoir
combien de temps il me restait à
vivre. Maintenant, quand on prend mon sang,
j'attends, c'est tout. Je m'y suis habitué.
J'ai également décidé
de ne pas prendre de médicaments.
Mes comptes sont encore bons, et il se peut
que je change d'idée plus tard. Mais
à l'heure actuelle, je pense que
je ne vais jamais prendre de pilules. Je
sais que les effets secondaires n'arrivent
pas à tout le monde, mais je sais
aussi qu'ils peuvent être très
graves et je ne suis pas prêt à
renoncer à ma qualité de vie
en faveur d'une plus grande quantité.
Si vous me disiez que je pourrais vivre
jusqu'à 80 ans avec les médicaments
ou à 40 ans sans les médicaments,
je choisirais 40 si 80 voulait dire endurer
des effets secondaires.
Le VIH m'a appris beaucoup sur moi-même
et ce que je suis capable de faire. Au début,
je voyais ça comme une sentence de
mort. Maintenant, je peux voir qu'il y a
une raison pour tout cela. Je me rends compte
que je n'aurais jamais fait les mêmes
choses ou rencontré les mêmes
personnes et ne serais jamais allé
aux mêmes endroits. Ce n'est pas une
recommandation, mais j'ai réussi
à faire face au VIH et à canaliser
mes énergies pour faire quelque chose
de productif. J'ai eu beaucoup de chance.
J'ai été le directeur général
le plus jeune d'un organisme sida en Ontario;
j'ai prononcé un discours lors de
la cérémonie d'ouverture de
la Conférence mondiale sur le sida
à Genève; j'ai rédigé
et présenté des mémoires;
j'ai été choisi par le ministre
Allan Rock pour siéger au Conseil
ministériel sur le VIH/sida; j'ai
rencontré les médecins qui
ont découvert le VIH, des membres
de la famille royale et des dignitaires
étrangers. Si j'étais resté
dans une salle de classe pour étudier
le droit, je ne crois pas que je me serais
épanoui autant que je l'ai fait en
vivant avec cette maladie et en faisant
du bénévolat.
Il se pourrait que je recommence à
étudier le droit un jour, mais je
vais probablement faire de la politique.
Mes amis me taquinent en disant que mon
nom apparaîtra sur un bulletin de
vote avant que j'aie 30 ans. Ils disent
même que je parle comme un politicien.
Je leur dis constamment que je serai le
premier Gouverneur général
du Canada à s'asseoir sur le Trône
à côté d'un autre gars.
Il est possible de vivre avec le VIH, mais
il n'y a pas de garantie. Même si
j'ai une attitude positive, je sais que
je pourrais mourir. Ma cote de crédit
est nulle, j'ai tout dépensé
et j'ai perdu plein d'occasions. Mais je
suis parvenu à remonter la côte.
Je n'ai aucun regret parce que tout ce que
j'ai fait a contribué à créer
la personne que je suis. Mais il faut dire
que le chemin a été long pour
en arriver là.
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