Franco, Ottawa
...à suivre
Je ne suis pas infecté par le VIH,
mais ma tante est décédée
du sida il y a trois ans. Elle est allée
vivre à Montréal vers le début
des années 80. Nous venons d'Iqaluit,
au Nunavut. J'ai appris qu'elle était
séropositive il y a seulement sept
ans. Du côté positif, c'est
bien qu'on m'ait caché la vérité
parce que j'ai appris qu'il est impossible
de savoir que quelqu'un a le VIH en le regardant.
J'imagine que ma mère ne m'a pas
dit la vérité parce que j'étais
très jeune.
Au début, je pensais qu'elle était
infectée depuis seulement deux ou
trois ans, mais ma soeur m'a dit récemment
que notre tante avait vécu 10 ans
avec le VIH. Ma mère et ma tante
étaient très proches. C'était
difficile pour ma mère de garder
le secret. Je pense que le reste de ma famille
l'a appris quelques années plus tard
aussi.
En dehors de ma famille immédiate,
personne n'avait le droit de la voir. Ils
pouvaient juste lui parler au téléphone,
pas plus. À cause des coûts
de voyage élevés dans nos
communautés, aucun de mes oncles
ou des mes tantes n'a pu venir la voir avant
qu'elle décède. Nous avions
la chance de prendre des vacances chaque
année et nous allions la voir tous
les étés. Je me suis toujours
demandé pourquoi nous n'allions pas
à Disney World, mais je sais maintenant
que notre temps avec ma tante était
limité et que c'était pour
ça.
Ma mère nous a dit que ma tante
avait le VIH quand elle a commencé
à tomber malade souvent. Elle perdait
beaucoup de poids et on pouvait voir qu'elle
s'affaiblissait chaque été.
Je savais qu'elle avait quelque chose. Je
savais qu'elle était malade, alors
quand on m'a dit de quoi, ça n'a
pas été un grand choc pour
moi. Puis, à ce moment-là,
le VIH et le sida n'étaient plus
nouveaux et tout le monde savait ce que
c'était.
La nouvelle m'a un peu choqué,
mais pas autant que si je l'avais apprise
au moment où elle a testé
positive pour la première fois. Pendant
toutes ces années où j'étais
dans le noir, elle avait l'air bien et complètement
normale. J'avais 12 ans quand j'ai appris
la vérité et, jusqu'à
ce moment-là, je n'avais jamais vu
une personne très malade dans ma
famille. La manière dont elle avait
été infectée n'avait
pas d'importance pour moi. Je ne l'ai jamais
vraiment demandé et personne ne me
l'a dit. Elle ne se piquait pas, mais je
ne pourrais pas dire qu'elle n'a jamais
essayé...je ne sais pas. J'ai toujours
essayé de penser du bien d'elle,
ce qui a toujours été facile.
Comment l'a-t-elle attrapé? Ce n'est
pas de mes affaires. Si elle avait voulu
me le dire, elle l'aurait fait. Je respecte
cela.
Nous avons une famille très solidaire.
Personne n'a voulu renier ma tante et personne
n'a arrêté de parler avec elle.
On entend beaucoup de mauvaises histoires
où des gens sont chassés de
leur ville et où la famille agit
comme si la personne infectée n'existait
plus. J'ai entendu beaucoup d'histoires
tristes, mais je suis content qu'il ne se
soit rien passé de même chez
nous.
Ma ville est la plus grande communauté
du Nunavut. Nous avons eu le premier marchethon
contre le sida dans l'Arctique canadien.
Les comportements à risque sont courants
dans ma communauté. Le nombre de
MTS et de grossesses chez les adolescentes
est alarmant. Je ne pense pas que les gens
prennent suffisamment au sérieux
l'impact dévastateur que le VIH/sida
pourrait avoir sur ma communauté.
Je travaille à la Pauktuutit Inuit
Women's Association of Canada. Je travaille
avec Todd Armstrong, qui est conseiller
principal en matière de programmes
VIH/sida. J'ai commencé l'été
passé en tant qu'étudiant.
J'étais censé être assistant
de bureau, mais je travaille beaucoup maintenant
avec Todd. J'aimerais continuer de travailler
avec lui sur la question du VIH/sida chez
les Inuits.
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