Tabby, 27
ans, infectée à l’âge
de 20 ans, de Toronto
Je viens du sud de l’Afrique et je
vis avec le VIH depuis 1998. J’ai
maintenant 28 ans et je suis la mère
de deux petits enfants que j’adore
!
Je n’ai aucun regret, mais il y a
quelques décisions que j’ai
prises que je
ne prendrais pas de la même façon
aujourd’hui. Je crois qu’on
obtient
habituellement Ia vie qu’on se fait.
Mon enfance a été merveilleuse
et mes
parents m’ont offert toutes les meilleures
possibilités. Je les en remercie
tous les soirs.
Pendant ma troisième année
de collège, je suis tombée
malade et j’ai dû
manquer mes cours pendant un mois. Je ne
comprenais pas ce qui m’arrivait.
Je me souviens seulement que je me sentais
très faible, j’avais de la
misère à marcher et mon appétit
était parti. Mais ma famille m’a
forcée à
manger et à terminer tous mes repas.
J’étais dans une relation avec
un
homme à cette époque. Je suis
sortie avec lui jusqu’à mon
départ pour le
Canada. C’était une personne
merveilleuse et j’étais follement
amoureuse de
lui. J’espérais me marier avec
lui un jour.
Quand j’étais malade, mes
parents ont fait tout ce qu’ils pouvaient
pour
m’aider. Ils m’ont envoyée
voir plusieurs spécialistes. C’est
surprenant,
mais aucun d’entre eux ne savait ce
que j’avais. Finalement, je suis allée
voir ma médecin de famille. Elle
m’a dit que j’avais un petit
virus dans
mon sang et que je serais obligée
de prendre des médicaments spécifiques
pour le reste de ma vie. J’ai demandé
plus d’information, mais elle a
répété que c’était
un petit virus et qu’il n’y
avait pas lieu de
m’inquiéter. Je ne la blâme
pas de ne pas avoir été plus
spécifique parce
que mes parents avaient sans doute pris
cette décision pour moi parce
qu’ils savaient que j’aurais
mal réagi à la nouvelle. À
cette époque
j’étais beaucoup plus faible
sur le plan émotionnel. Mais aujourd’hui
je
suis très solide. Advienne que pourra,
je serai prête à me battre
avec
maturité !
Le jour où j’ai eu cette conversation
avec ma médecin, mon chum m’a
reconduite chez nous. Avant de rentrer,
il est passé à la pharmacie
pour
acheter mes médicaments. Je n’étais
pas obligée de penser à mon
statut
parce que la pharmacie n’était
pas au courant.
Les jours passaient et mon père
me demandait souvent si j’avais acheté
mes
médicaments, J’ai dit «
non » et comme mon état s’améliorait,
il a arrêté
de me poser la question. Quelques semaines
plus tard, on m’a envoyé les
résultats de mes tests de sang, mais
j’ai décidé de ne pas
aller chercher
mes médicaments, même après
quelques coups de fil de la part de ma médecin.
J’ai décidé que l’ignorance
me protégerait et à partir
de ce moment, j’ai
commencé à vivre comme une
personne séronégative, ce
qui veut dire que j’ai
refusé de penser au fait que je pouvais
être séropositive pour que
je
puisse vivre normalement, même si
j’ai commencé à porter
attention à ce que
je mangeais.
Un an plus tard, j’ai reçu
mon diplôme collégial et j’ai
intégré le marché
du travail. Ce fut une bonne expérience
pour moi parce je suis devenue
indépendante financièrement,
même si j’habitais toujours
chez mes parents.
En 2001, j’ai décidé
d’aller vivre au Canada. Un mois avant
mon départ,
j’ai découvert que mon chum
de quatre ans était un prostitué.
Il avait
commencé à faire cela au début
de son adolescence. Les gens de sa
communauté étaient au courant
de ce qu’il faisait. Je me suis posé
plein de
questions comme « Comment ça
se fait que je ne l’aie jamais su
? » «
Comment pourrait-il me faire ça ?
». Je ne comprenais pas pourquoi il
ne
s’était pas confié à
moi. Mais j’ai appris qu’il
se vendait uniquement aux
hommes. Au début, sa sexualité
me dégoûtait. Mais maintenant
je crois que
j’ai eu tort d’entrer dans cette
relation qui n’aurait jamais dû
exister.
Je ne le blâme plus parce que l’homosexualité
n’est pas acceptée dans mon
pays d’origine. J’ai commencé
à me douter que j’étais
séropositive parce
que le VIH était associé à
la prostitution à cette époque.
Quelques mois plus tard, après mon
arrivée au Canada, mon corps est
devenu
très faible de nouveau. J’ai
décidé de passer un test du
VIH. Quand j’ai
reçu le résultat positif de
ce test, je suis enfin parvenue à
accepter mon
statut sans aucun doute. J’ai réussi
à surmonter le choc dans moins d’un
mois. Le seul problème était
que mon médecin ne m’a pas
permis de choisir
si je voulais prendre des médicaments
ou pas. Il s’est contenté de
dire : «
Prends-les et tu vivras ». Il m’a
prescrit Sustiva et Combivir et c’était
l’enfer !! J’ai fait des cauchemars
et j’étais déprimée.
Pendant cette période, j’ai
rencontré l’homme qui allait
devenir le père de
mes enfants. Je suis tombée enceinte
dans l’espace de quelques mois.
C’était une excellente nouvelle
parce que j’avais très envie
d’avoir un
enfant. Puis j’en ai eu un autre.
J’adore mes enfants. Ils me donnent
le
courage de vivre. Je ne me suis jamais sentie
déprimée depuis leur
naissance. Mes journées sont pleines
de sourires et de rires.
Au début de 2005, j’ai décidé
de retourner à l’école
pour mettre à niveau
mon diplôme pour que je puisse travailler
au Canada. C’est ce je fais
encore présentement. Il est difficile
d’être un parent et d’aller
à
l’école, mais des fois on la
vie que l’on se fait. Alors, je vis
la vie un
jour à la fois et passe le plus de
temps possible avec mes petits trésors.
Mon message à tout le monde –
ne baissez jamais les bras ! Essayez de
faire
de votre mieux dans tout et ne prenez pas
de décisions spontanées sans
réfléchir aux conséquences
– pour éviter les regrets.
La vie est trop
courte pour les regrets. À votre
santé !!
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